De l'inauguration du terrain de Saint-Martin-de-Londres en 1956 aux planeurs de compétition d'aujourd'hui : l'histoire d'un club, de ses pionniers et de ses pilotes.
Inauguré en grande pompe le 30 juillet 1956, l'aérodrome de Saint-Martin-de-Londres soufflera 70 bougies cette année. Une occasion de mettre un peu d'ordre dans nos archives et de commencer à regrouper quelques éléments jusqu'alors épars sur l'histoire de notre club, de ceux qui l'ont fondé, et plus généralement sur l'histoire du vol en planeur dans la région de Montpellier.
Né à Palavas-les-Flots en 1904 des premières tentatives de MM. Solirène père et fils, le vol en planeur s'est progressivement développé au sein de l'Aéroclub de l'Hérault, sur l'aérodrome de Candillargues puis sur celui de Fréjorgues, pour finalement poser ses ailes au pied du Pic à partir des années cinquante ; le premier vol authentifié au-dessus du Pic datant de 1952.
Le Centre de Vol à Voile Montpellier Pic Saint-Loup, fondé en 1983, est issu de cette lignée de pionniers et s'attache depuis plus de 40 ans à creuser avec succès le sillon qu'ils ont tracé. Classé aujourd'hui parmi les premiers clubs de France, il appartient désormais aux générations qui suivent d'en entretenir la flamme.
Jeunes pilotes du Pic des générations Alpha et Z, futurs « Aigles des Cévennes », vous héritez de plus d'un siècle d'expérience accumulée du vol en planeur dans notre région. Vos aînés baby-boomers et des « générations X Y » ont fait du club ce qu'il est aujourd'hui.
Voici donc votre histoire, vos racines ou du moins une amorce de reconstitution de cette aventure. Soyez-en fiers, entreprenants, imaginatifs et construisez à votre tour le vol en planeur du siècle dans lequel vous êtes nés. Beaucoup a été fait. Tout reste à faire.
Je remercie ici la petite équipe de bénévoles pour ce travail de mémoire. Bonne lecture, il nous appartient de prolonger ce travail initial, de le structurer et de l'enrichir.


Du premier planeur artisanal construit à Montpellier jusqu'à la découverte des ascendances du Pic Saint-Loup — le récit des origines.
MM. Solirène (père et fils) nous montrent un bel exemple de ce que peuvent donner la ténacité et la continuité dans l'action. Persuadés que l'heure du plus lourd que l'air allait arriver, MM. Solirène, préparateurs à l'École Supérieure de Pharmacie de Montpellier, entreprennent en 1903 la construction du gigantesque oiseau reproduit ci-dessous. Mais personne ne les aide et l'année suivante, les fonds devenant rares, ils sont obligés d'arrêter le travail. Proportionnant leurs efforts à leurs ressources, ils recommencent en plus petit et créent un second modèle (11 m² et 110 kg).
Autour de Montpellier, aucun terrain favorable. Ils vont imaginer et construire un engin de départ : un pylône de 12 m de haut au bord de la mer à Palavas-les-Flots. Après divers incidents, M. Solirène fils se décide, courageusement, à l'expérience. L'aéroplane prend son essor, à mi-hauteur se relève mais le pied droit auquel sont attachés les haubans de l'aile casse et l'aviateur tombe dans l'eau. M. Solirène recommence le 23 août 1905, l'expérience se termine encore en chute.



L'Aéro-Club de l'Hérault et de l'Aveyron possède un aérodrome organisé à Montpellier-l'Or, une école de pilotage et de mécaniciens et une section de vol à voile. En 1931, quatre anciens élèves de l'école de mécaniciens, MM. Pascal, Orsiand, Deleuze et Peyrot, construisent un planeur « Zogling ». Lancé par de puissants sandows, l'appareil s'élève à 30 m de hauteur et parcourt environ 500 m. Le 15 mai suivant, la section essaie le planeur Avia XI-A n°80, construit par ses membres.
Signalons enfin que deux pentes ont été découvertes dans la région, pentes dont on poursuit actuellement la prospection méthodique.


Depuis mes 14/15 ans, au milieu des années 1950, j'étais attiré par l'aviation et depuis la villa familiale de Carnon, je passais beaucoup de temps à surveiller à la jumelle les avions et les planeurs de l'aéro-club à Fréjorgues. En écarquillant les yeux, j'arrivais à repérer l'alignement des planeurs au départ et le drapeau rouge et blanc utilisé pour communiquer avec le treuil. Ce treuil était un Ford V8 très puissant, mais les planeurs ne montaient qu'à 200/250 m maximum et faisaient simplement un tour de piste.
Je rêvais de pouvoir prendre un baptême de l'air. C'est au printemps 1959 que j'ai pu concrétiser mon rêve. J'ai pu prendre mon baptême de l'air à Fréjorgues le 4 juin, par un vol de 20 à 25 mn au-dessus du village du Crès, sur le Stampe SV-4C F-BDOP piloté par Christian Picot de la Beaume (le fils). Christian m'a fait le grand plaisir de me laisser « tâter » les commandes !! Puis, j'ai pu débuter le planeur.



Les environs et l'aérologie du Pic Saint-Loup ont été prospectés dès la fin des années 1940 par plusieurs pilotes en avion, Stampe ou Bébé Jodel. Un jour, René Picot de la Beaume (le père), par vent du nord, coupe le moteur et fait, sans difficulté, du vol de pente sur le Pic. Mais ensuite, impossible de redémarrer le moteur : il s'est posé sans casse aux environs du terrain actuel. Les dirigeants du club en sont arrivés à la conclusion qu'il fallait réaliser un terrain dans la cuvette du Pic pour y développer correctement le vol à voile.
Le 27 janvier 1952, en début d'après-midi, Paul Génies décollait avec le Stampe remorquant le planeur Nord 1300 piloté par Claude Pascal. La pente du Pic portait et le planeur a volé dans l'ascendance de la face Nord. De retour à Fréjorgues, tout le monde était content.
L'Aéro-Club de l'Hérault a découvert depuis quelque temps un magnifique endroit pour pratiquer le vol à voile au-dessus des pentes du Pic Saint-Loup, où de forts courants ascendants permettent aux « vélivoleurs » de pratiquer le vol de pente. C'est ainsi qu'hier un jeune étudiant en pharmacie, Jean Rocca, a réussi un vol remarquable d'une durée de cinq heures, à bord d'un planeur Nord 1300. Parti de Fréjorgues le matin en remorquage derrière un Stampe, le planeur fut largué à 10h50 au-dessus du Pic Saint-Loup. Jusqu'à 16h45, M. Rocca vola jusqu'à une altitude de 1200 m en longeant la paroi nord du Pic.

L'inauguration fut très bien organisée le 30 juillet 1956 par l'Aéro-Club de l'Hérault, mais pas du tout favorisée par la météo. À l'unanimité, le nouveau terrain du Pic Saint-Loup a été désigné du nom de Guy Veyron, jeune membre du club récemment décédé.
C'est après un vol de l'aile volante « Fauvel AV36 » que le Président M. Lucien Louineau prit le premier la parole. Évoquant les longues et patientes recherches effectuées par l'Aéro-Club de l'Hérault pour trouver un emplacement susceptible de développer la section vol à voile, M. Lucien Louineau rappela les circonstances qui amenèrent la découverte du terrain de Saint-Martin-de-Londres. Précisant l'économie réalisée par l'utilisation de ce terrain qui évite les remorquages coûteux depuis Fréjorgues et les démontages fastidieux des planeurs, le Président, pensant à l'avenir, annonça la construction d'un hangar et insista sur la nécessité de drainage. Il souligna au passage l'effort fourni par les jeunes du club qui, pelles et pioches en main, travaillèrent au nivellement du terrain.



Tableau de bord de l'AV36 des années 50 : un badin (vitesse horizontale), un variomètre (vitesse verticale), un altimètre (hauteur de vol) et une bille (indicateur de vol dérapé).
Lors de mon arrivée sur le terrain du Pic, il y avait uniquement le hangar « Rouméas » et la piste en herbe : pas d'électricité, pas d'eau, pas de téléphone, pas d'essence, pas de « club-house », pas de bitume ni de ciment nulle part, et la route d'accès n'était pas goudronnée. Il fallait tout emmener, l'essence et l'huile, de Fréjorgues pour les remorqueurs. Sans électricité sur le terrain, la rentrée des machines s'est faite plus d'une fois à la lueur des phares des voitures.
Le terrain était utilisé grosso-modo de mai à septembre car, mal drainé, il était impraticable l'hiver dès qu'il pleuvait. À la belle saison, l'activité planeur y était organisée le dimanche, quelquefois le samedi, et durant une semaine pendant le stage d'été.


Suppression de la roche affleurant au centre de la piste — avant les travaux, les membres du club avaient déjà dynamité un rocher affleurant au milieu de la piste, au travers de la « cabane Ulysse », maison de berger qu'on peut situer environ au bout de la piste 30 droite.
L'enfouissement de la ligne téléphonique fut un autre gros travail : elle longeait la route au nord-ouest de la piste alors qu'il n'y avait pas le téléphone sur le terrain — un obstacle plus que gênant. Cela a été fait par les membres du club.
Construction du « Club-house » (1962-63) sur la butte au-dessus du hangar : 4 murs et un toit formant une simple salle commune en terre battue. Les améliorations (carrelage, cuisine, salle de briefing, secrétariat, cheminée, salles d'eau, WC, chambres) ont toutes été réalisées progressivement plus tard.
Abaissement et bétonnage du sol du « Rouméas » (1964-65) : un entrepreneur de Mauguio volant au club à Fréjorgues nous prêtait une bétonnière et l'on s'efforçait de couler deux à trois dalles chaque week-end. Nous n'avions pas encore l'eau sur le terrain, mais nous n'avons jamais manqué d'eau pour le béton car tous les fossés en étaient pleins.
Remblaiement et bétonnage du sol du « Club-house » (1965-66) ainsi remonté de 50 cm.



Un club-house convivial, pour accueillir les stagiaires régionaux et de bien plus loin, avec un secrétariat, une salle de briefing, une cuisine avec salle commune, des sanitaires et des hébergements utilisables par des personnes à mobilité réduite (PMR).


6 hangars pour abriter les planeurs et les avions remorqueurs de l'association avec leurs parkings et taxiways.


Des équipements de servitude bien utiles au quotidien : un atelier de maintenance avec cabine de peinture, un starter de piste ombragé et accessible PMR.


La piste en herbe aplanie de 1952. Le hangar « Rouméas » de 1957. Le premier club-house de 1962, une seule salle commune en terre battue.
Le grand hangar de 1973. Les premiers hébergements et sanitaires de 1977, l'atelier d'entretien de 1978. La première piste en dur de 250 m de 1982. Le hangar n°3 (1ère tranche) de 1984.
Hangar n°3 achevé (1984), club-house agrandi (1988), pistes en dur rallongées (400 m en 1988, 450 m et taxiway en 1992), piste en herbe élargie et drainée (1998), hangars n°4 (1990), n°5 (1996) et n°6 (2000).
Initialement le vol en planeur est né à l'Aéro-Club de l'Hérault. Les premiers présidents « vélivoles » ont été : années 30, Philippe d'Albenas · années 40, Alex Cousin · années 50, Lucien Louineau, qui inaugura la plateforme du Pic Saint-Loup · années 60, René Picot de la Beaume.
Premier des quatre instructeurs qui faisaient tourner la boutique, président (1975) de la section vol à voile de l'aéroclub de l'Hérault. Un type solide comme un roc, une « gueule » au sens propre et au sens figuré, un regard d'aigle, rassurant et très « safe » mais limite sanguin. Son implication dans le club, la passion communicative qu'il savait faire passer et le respect que sa personnalité inspirait, même aux plus « grandes gueules », force l'admiration.
Celui qui décida de couper le cordon ombilical qui nous reliait encore à l'aéroclub de l'Hérault pour créer un club indépendant, l'actuel CVVM. Formé au sein de l'ALAT, entrepreneur dans l'âme, excellent pilote, type dynamique et courageux. Copropriétaire d'un Phoebus C, premier plastique arrivé au club, il était animé par une réelle ambition de progresser.
L'aveyronnais, fils d'ouvrier agricole, qui aimait la bonne chère et savait ce qu'un franc représentait. Une gueule soulignée d'une moustache de gaulois, toujours prompt à interpeller. La passion du vol, du club, et capacité peu commune à se trouver des appuis pour une action d'envergure : il a transformé un club marginal en un grand club de planeur.
40 années de dévouement au bénéfice du club. Gestionnaire, comptable, instructeur, excellent pilote. Une remarquable sérénité, fondée sur un capital de connaissances incomparable. Il a présidé le conseil d'administration ces 10 dernières années, période clé d'investissement et de modernisation du parc : extension du parc de monoplaces 18 m, acquisition d'un ULM remorqueur en 2015, remplacement par un ASG32 de l'Arcus accidenté en 2023.
Du fait de sa situation géographique au sud du Massif central, le CVVM bénéficie d'une aérologie favorable toute l'année — la « voie royale des Cévennes ». Ces vastes espaces permettent aujourd'hui de magnifiques vols de distance.
Champion du monde de vol à voile en 1997, Gérard réalise le 7 janvier 2021 un circuit de 1000 km au départ du Pic en vol d'onde, avec comme équipier Éric.
Décollage matinal avant 9h pour trouver les vents favorables sur la montagne de la Séranne. Une première branche par les ressauts des reliefs du Lingas, du Mont Lozère et du Mont Méjean les monteront à une altitude de 5000 m leur permettant ainsi la traversée de la vallée du Rhône, puis survoler le massif des Écrins à 5300 m afin d'assurer une bonne transition vers l'onde du Briançonnais et d'aller faire un premier point de virage à Suze (Italie). La deuxième branche de retour avec à nouveau la traversée de la vallée du Rhône pour revenir sur les Cévennes via Aubenasson puis l'ouest d'Aubenas. Ils poursuivront sur une belle vague d'onde direction l'ouest jusqu'au nord de Carcassonne puis retour vers le Mont Lozère pour un final sur le terrain du Pic une dizaine de minutes avant la nuit aéronautique, après un vol d'une durée de 8h48 et 1048 km parcourus à la vitesse moyenne de 115 km/h.
Michel réalise un circuit de 750 km en thermique le 4 août 2018. Avec un départ peu avant 11h, le vol est effectué en conditions de thermiques avec un plafond maxi de 2500 m mais aussi quelques passages à des altitudes basses.
Première branche cap vers le nord, avec point de virage au Vernet-Sainte-Marguerite au nord-est du Puy de Sancy (Monts Dore) et à l'est de la Banne d'Ordanche, berceau du vol à voile français.
Deuxième branche cap sud-est via la traversée du Cézallier, de l'Aubrac, avec un point bas sur la Margeride pour aller virer Saint-Rome-du-Tarn (nord de Saint-Affrique).
Troisième branche vers le nord-est pour Ambert (Livradois-Forez) comme dernier point de virage avant un retour au Pic avec précaution, compte tenu des prémices de la fin de convection.
Quatrième branche en cheminant avec sécurité sur Langogne, Mende et Florac où une ascendance salvatrice lui permet de rejoindre le terrain du Pic Saint-Loup, après un vol de 9h07 et 754 km parcourus.
Le Centre de Vol à Voile de Montpellier (CVVM), association régie par la loi de 1901, s'est développé en s'adaptant aux exigences sociétales, environnementales et aux espaces aériens en perpétuelle évolution, tout en gardant son authenticité. Il fait partie des grands clubs français.
Le CVVM dispose d'une structure de formation agréée avec des outils modernes (e-learning, simulateur), d'une équipe pédagogique apte à l'apprentissage du vol en planeur, à l'entraînement en sécurité de ses pilotes aux vols de loisir, mais également aux grands vols de performance ainsi qu'à la compétition. L'équipe pédagogique est constituée d'opérationnels, en grande partie bénévoles, dont 16 instructeurs/trices animés par un chef pilote responsable pédagogique, à laquelle s'ajoutent 14 pilotes « remorqueur ».
Roland Gabriel découvre, à 14 ans, le vol à voile au sein du club où il obtient son brevet de pilote de planeur. Il mène ensuite une carrière de 22 ans au sein de l'Armée de l'air comme pilote de Mirage 2000, tout en restant fidèle au CVVM. Aujourd'hui, sa carrière terminée et fort de cette expérience, il est de retour au CVVM où il occupe, depuis 2023, les fonctions de chef pilote et de responsable pédagogique. Il suit la progression de chaque élève (~50 en 2025) et participe à la formation de tous nos pilotes ainsi qu'à celle de nos futurs instructeurs.


Le CVVM mène depuis plus de 18 ans une politique de féminisation et participe aux journées fédérales « Ça plane pour Elles », occasion pour nos deux instructrices, Valérie et Sophie, de transmettre leur passion. En 2025, le club compte 11 féminines dont 2 pilotes « remorqueuse » sur environ 120 membres. Le CVVM a eu la satisfaction de former la plus jeune pilote de planeur, qui a effectué son premier vol solo le jour de ses 14 ans.


Le CVVM accueille les élèves du primaire des communes avoisinantes ainsi que les élèves des collèges et lycées proposant le BIA (brevet d'initiation aéronautique). Cette dynamique permet à ces jeunes de s'éveiller au monde de l'aéronautique et suscite de nombreuses vocations. Ces journées sont animées par des membres bénévoles du CVVM.
La vie d'un club, ce sont aussi des moments de convivialité après les vols et des évènements festifs pour marquer les jours clés de la vie de nos jeunes pilotes brevetés.
Le CVVM dispose d'un parc planeurs « tout composite » constitué de 10 planeurs biplace et de 13 planeurs monoplace, dont certains permettent à des personnes paraplégiques de voler grâce à des commandes manuelles intégrales (2 biplaces et 1 monoplace). 3 planeurs biplace sont classés en catégorie « acrobatique » pour l'apprentissage de la voltige aérienne en planeur.
La maintenance du parc planeurs et avions remorqueurs est assurée au sein du CVVM, dans le cadre de la réglementation de l'aviation certifiée, contrôlée chaque année par un organisme extérieur affilié à la Direction Générale de l'Aviation Civile. Le CVVM dispose d'un atelier mécanique équipé pour la maintenance des planeurs, ainsi que d'un atelier composite et peinture pour les réparations de structure et la réfection des états de surface.



Tableau de bord des années 2025 : transpondeur, radio 8,33 MHz, badin, Flarm anti-collision, deux variomètres, calculateur GPS et altimètre.
Aujourd'hui, le CVVM remorque avec l'ULM Dynamic et le DR400 En service — les autres appareils ci-dessous ont fait la traction du club par le passé.